Il est vrai qu’en relisant l’histoire de la jeune, très jeune, République Malgache, 50 ans, la première impression serait de dire qu’elle est mal partie, d’aucuns même dans la presse locale se posaient la question, cette semaine, si elle n’était « maudite ».
Lors de ma campagne présidentielle de 2006, j’ai fait part de mon point de vue et que je réitère au cours de l’actuelle crise que nous traversons. Madagascar a certes connu des crises politiques majeures et cycliques. Mais à bien regarder, en cinquante ans, chaque génération a toujours essayé d’apporter sa quote part à la construction d’une nation. Même nos Présidents successifs. Philibert Tsiranana nous a emmené la notion de République, égaux devant la chose publique, moins d’inégalité par la naissance. Ni par les castes, ni par la peau dans une période post-coloniale. Didier Ratsiraka nous a apporté le sens profond et quelquefois les aléas, de la souveraineté de notre nation. Zafy Albert, malgré le peu de temps qu’il eut, nous a inculqué les grands principes de la démocratie. La tolérance de l’autre, de ses opinions, de sa religion, l’écoute du peuple, par ses mada raids. Et enfin, Marc Ravalomanana, nous a apporté les concepts de l’implication de chaque malgache au développement. La relation de ce développement collectif à la création de richesse,(certes trop focalisée sur lui) que ce soit en apport individuel ou par les grandes multinationales. Et je ne cite pas les directoires et autres transitions, mais seulement ceux qui sont passés par un suffrage.
Personnellement, je tiens à positiver et capitaliser les acquis de notre République. Ce qui atteste par ailleurs, qu’elle vit. Je suis toute aussi consciente des problèmes majeurs qui lui incombent, les défis que nous n’arrivons pas toujours à relever, les causes profondes de nos crises politiques, mais quelle création n’a pas de crise de croissance ? Et croissance ne veut-elle pas déjà dire avancer plus loin ? D’ailleurs, puisque notre population est en majorité jeune, avec une moyenne d’âge de 24 ans, c’est un autre aspect tout aussi positif en termes de forces, en termes d’énergie et peut-être malgré le « mora mora » légendaire, paradoxalement c’est aussi une population qui veut et peut aller vite. Le tout, c’est d’être réaliste, de prendre conscience de ses limites comme d’encourager son potentiel. De coordonner, de gouverner autrement que d’assurer archaïquement une administration. Ce qui n’est pas toujours évident, certes. Et même très usant pour ceux qui n’y sont pas préparés, car demandant énormément d’abnégation et de bon sens. Mais on n’applique pas la même politique dans les 196 pays des Nations Unies. Par ailleurs, aucune politique ne peut fonctionner sans le concours de la population qui en bénéficie. Et c’est cet aspect suranné de l’administration publique que je récuse. Comme je refuse l’afro pessimisme et la négation de notre mental collectif. Nous avons eu une culture politique que traduit un peu le mot « FANJAKANA », la royauté. Aussi, nos dirigeants se comportent avec le peuple comme dans une relation de vassalité. Et la psyché collective instaure un comportement de « sujet », il est temps de changer la donne. C’est un pays qui cherche un coach, pas un roi, ni un prince. Madagascar est une nation qui se cherche, continuellement, qui se trouve et se retrouve quelque part dans ses contradictions. Elle se doit d’être optimiste, ce qui n’est pas contradictoire à la lucidité.