Dans un entretien au quotidien Le Monde paru hier (mardi 27 octobre), le président évincé Marc Ravalomanana a expliqué sa position à quelques jours du sommet d’Addis-Abeba (Éthiopie) du 3 au 5 novembre 2009 : « J’y répéterai qu’il faut respecter l’accord signé à Maputo en août par les quatre chefs des mouvances » en particulier le critère de neutralité pour lequel il a accepté de ne pas participer au gouvernement de transition. Selon lui Andry Rajoelina devrait en vertu de ce principe renoncer au poste de président de la transition et demande « aux médiateurs de faire leur travail ».
Il réaffirme qu’un leader d’un coup d’État ne peut pas être légitimé : « Ce n’est pas négociable. Je n’accepterai jamais Andry Rajoelina comme président de la transition ! »
Dans un autre entretien à l’AFP, le même jour, il déclare : « je vais aller à Addis Abeba, mais ce ne doit pas être un jeu de poker menteur où les cartes sont déjà distribuées ».
Marc Ravalomanana conteste l’attribution des postes de président, vice-président et Premier ministre de transition, annoncés le 6 octobre à l’hôtel Carlton d’Antananarivo après une réunion entre les représentants des quatre mouvances politiques de l’île « Ce n’est pas aux chefs de délégation de désigner les postes-clés de la (période de) transition ». Il affirme avoir rencontré, dimanche dernier, Jean Ping (président de la Commission de l’Union africaine) qui a reconnu qu’il n’y avait pas de signature sur le communiqué du 6 octobre, confirmant ainsi l’absence de valeur juridique de ce document dans le cadre d’un accord consensuel.
Dans le cas où Andry Rajoelina obtiendrait la présidence de la transition à Addis-Abeba, Marc Ravalomanana rejette la responsabilité de l’aggravation possible de la crise sur les médiateurs : « Il n’est pas capable de diriger un pays. Il ne sait pas commander les militaires, ses ministres et même son ancien premier ministre. Il est sous la pression de son entourage. » Il annonce d’autre part dans cet entretien son intention de rentrer au pays après la formation du gouvernement de transition et affirme ne pas avoir peur pour sa sécurité.
Il n’exclut pas de se présenter,avec un nouveau projet pour Madagascar, aux prochaines présidentielles prévues au plus tard fin 2010 et revendique un bon bilan : « En sept ans de présidence, j’ai eu des résultats : 5 % par an de croissance économique moyenne. J’ai lutté contre la corruption. Les prix ont baissé. J’ai augmenté le taux de scolarisation et baissé celui de la mortalité infantile. » Il reconnaît que son erreur a été une mise en œuvre trop rapide de son projet.
Dans ce même entretien au Monde, il modère ses accusations sur l’origine de son renversement, il n’accuse plus la France mais certains français : « Le coup d’Etat à Madagascar était bien étudié et bien orchestré. En trois mois, c’était fait ! Moi-même, j’ai été surpris. Je ne dis pas que la France a tout organisé, mais il y avait des Français derrière cela. Les services de renseignement sud-africains, ici, me l’ont dit. »
A propos du massacre d’Ambohitsirohitra du 7 février 2009 qui a fait plus de 50 morts et 208 blessées, Marc Ravalomanana émet une l’hypothèse d’une provocation qui aurait déclenché les tirs : « Les balles ne venaient pas du palais, mais de tireurs postés dans les arbres par l’autre camp. » La commission d’enquête internationale sur ce massacre n’a toujours pas vu le jour malgré les promesses de la HAT.
A moins d’une semaine du sommet d’Addis-Abeba, Marc Ravalomanana durcit ses positions et annonce un bras de fer avec Andry Rajoelina.
Mais il n’est pas certain, qu’après sept mois à l’écart du pouvoir, Marc Ravalomanana ait encore les moyens de ses ambitions politiques.
