La nouvelle décennie débute pour Madagascar avec une crise politique persistante et des risques d’aggravations : une crise sociale et économique majeure s’annonce : la crise de 2010. Une habitude pour un pays qui a commencé et terminé la précédente décennie par la crise de 2002 et la crise de 2009. Le bricolage politique d’Andry Rajoelina conduit le pays vers une situation de crise majeure avec des risques d’affrontements politiques sous les yeux d’un peuple épuisé ; car si la croissance profite ici à certains, c’est aussi le cas de la crise.
A peine la période des vœux officiels passée, la crise reviendra. Cette semaine propose une rentrée politique consistante : réunion du GIC-M à Addis-Abeba et l’élaboration des textes pour les élections les 6 et 7 janvier mais aussi le retour de la contestation sur la scène.
Sur le plan politique, l’option unilatérale et personnelle d’Andry Rajoelina, pour se maintenir seul aux platines du pays avec des élections législatives prévues, avec beaucoup d’optimisme, pour le 20 mars 2010, en pleine saison cyclonique, sera au centre des contestations.
Cette semaine sera l’occasion de voir la mise en place à marche forcée de ces élections législatives présentées comme le sésame d’un certain retour à la constitutionnalité. Mais que de zones d’ombre dans ce projet qui évacue, encore une fois, un calendrier précis pour le référendum constitutionnel et les élections présidentielles. Car la situation actuelle et les difficultés croissantes du pays ne permettront pas à Andry Rajoelina d’affronter un scrutin universel dans ces deux cas.
Ainsi la grande manipulation est lancée : l’Assemblée constituante adoptera la constitution de la IVe République taillée sur mesure pour éviter des élections présidentielles incertaines pour celui qui se prévaut du soutien du peuple sur la base du mouvement populaire de 2009. Une constitution dont seules les grandes lignes seraient issues d’une Conférence Nationale. Mais pas plus de détails dans l’ordonnance 2009-12 : qui rédigera la constitution ? Au hasard un collège ’’d’experts’’dont la bienveillance à l’égard d’Andry Rajoelina n’aura d’égal que leurs compétences.
Avec une majorité à l’Assemblée Nationale, en raison du boycott des grands partis politiques, et avec la certitude que le Haut Conseil de la Transition (HCT ou sénat) issu de l’actuelle HAT avec ses 41 membres sur 44 pour le futur HCT lui sera plus que favorable. Andry Rajoelina n’aura plus qu’à se faire désigner, unanimement, président de la IVe République par les grands électeurs. Ainsi comme promis il sera assis dans le fauteuil de président ’’élu’’ pour le 50e anniversaire de la République malgache, le 26 juin 2010. Un véritable hold-up du pouvoir pourrait conclure certains peut-être mais au nom du bon peuple : la voix du peuple c’est la voix de Dieu entend-on du coté de la présidence.
Le mouvement de 2009 aura accouché d’un monstre en lieu et place de la démocratie promise. L’épouvantail du retour de Marc Ravalomanana, peu souhaité par la population, pourrait ainsi assoir un pouvoir, en de nombreux points, comparable.
Mais ce projet, comme tout les projets d’Andry Rajoelina, connaitra-t-il aussi un échec ? Pas impossible devant l’opposition qu’il cristallise personnellement et un partie de sa mouvance qui commence à douter. La façade cohérente de l’armée n’est qu’apparente malgré les offensives de charme lancées par le pouvoir pour convaincre les éléments réticents. La nomination d’un premier ministre issu de l’armée risque de pas faire illusion devant sa faible marge d’action et sa méconnaissance du milieu politique sauf à vouloir mettre en place un système répressif peu propice aux élections.
Sur le plan économique, la loi des finances 2010, fort optimiste, fait le pari d’un retour à la normale dans les mois qui viennent. Pas certain que ce soit la réalité car sur 1000 milliards d’Ariary d’aides ( soit plus d’un tiers des recettes de l’Etat malgache) combien arriveront effectivement dans les caisses compte tenu du blocages des aides et de la non-reconnaissance du pouvoir de fait. Les recettes fiscales et douanières seront aussi probablement en forte baisse en raison du fort ralentissement des activités. Ainsi cette année 2010 verra la crise économique rejoindre la crise politique si cette situation continue.
La suspension de l’AGOA touchera fortement l’emploi et le tissu social de la capitale malgache mais c’est sans doute la dimension psychologique de cette décision qui fera le plus de dégâts dans la population active : l’espoir d’un petit boulot disparaissant. La dévaluation, maladroitement évoquée par le gouvernement, comme une éventuelle solution comporte des risques économiques et sociaux détonants pour le privilèges de quelques uns.
Un tableau bien sombre peut être, mais la perception positive de la situation par le pouvoir en place, ne suscite guère l’espoir ni sur le plan politique ni sur le plan économique. En ce début d’année Madagascar est dans une impasse et Andry Rajoelina ne possède pas la solution ajustée du fait de ses errements, hésitations et bricolages qui ont conduit le pays dans cette situation en moins d’un an.
Le soutien d’une certaine France ne fera plus illusion pour masquer la réalité de son échec politique et économique : sans moyen le soutien de la France aura fait preuve de son recul réel face aux enjeux stratégiques mondialisés : triste anniversaire pour les 50 ans de la décolonisation française.
