A quelle jeu politique, à quelle stratégie se livre Andry Rajoelina depuis une semaine ? Nous avons assisté successivement à l’annonce de la rupture de la transition consensuelle et à celle de la nomination d’un premier ministre issu des rangs des forces armées. Mais jamais suivi d’effets ou de décisions. Seule réalité : les sanctions contre les délégations bloquées à Maputo puis à Johannesbourg.
Et s’il s’agissait d’un bluff ? Dans ce cas, il s’agit généralement de faire croire aux adversaires ( ou pire ses amis) que l’on va jouer d’une certaine manière alors que l’intention réelle est tout autre. Bluff ou menace toujours est-il que la rupture de la transition n’est pas effective et que la nomination d’un premier ministre militaire s’amenuise de jour en jour.
Quant aux sanctions contre les délégations dont l’objet est de démontrer qui détient le pouvoir réel, une ’’leçon’’ en quelque sorte, et les amener à négocier dans le respect des prérogatives présidentielles. Force est de constater que l’objectif ne sera pas atteint car les délégations martyrs se préparent à un retour victorieux dans les tous prochains jours pour participer à la réunion du 17 décembre.
Mais il existe une autre forme de bluff : le bluff rationnel. Celui s’insère dans une stratégie globale, ici la conquête de la présidence reconnue, désirée et d’un pouvoir personnel. En affichant volontairement un comportement parfois erratique, c’est le cas aussi ici à Madagascar de la part de Andry Rajoelina, il entretient l’incertitude des adversaires et les empêche d’analyser de manière précise les lignes de jeu suivies.
Ainsi donc l’absence apparente de stratégie serait une stratégie, dur à avaler pour des politiciens orthodoxes désorientés par ce qu’il est convenu de considérer comme l’indécision ou l’immaturité politique d’Andry Rajoelina. Certains dans la HAT admettent qu’il est mal conseillé.
Nous prendrons en considération l’hypothèse d’une transition consensuelle renégociée le 17 décembre 2009 à Antananarivo dans laquelle Andry Rajoelina tentera d’imposer ses prérogatives présidentielles dans le cadre des accords : le président nomme et révoque les membres le gouvernement ( article 4) mais cela se fait sur proposition du premier ministre. Ainsi sa volonté de nommer personnellement les ministres pourrait s’opposer aux choix d’Eugène Mangalaza en concertation avec les autres mouvances.
Cette hypothèse proposée par les colombes de la HAT convient provisoirement aux faucons et affairistes de la HAT et du gouvernement qui semblent y retrouver une certaine maitrise du pouvoir en espérant obtenir les ministères souverains et stratégiques. C’est méconnaitre la cohérence des autres mouvances qui négocient pied à pied.
Cette situation risque de mener à un nouveau blocage de la part de Andry Rajoelina. La réunion du 17 décembre qui s’annonçe comme un 6 octobre bis n’obtiendra l’acceptation qu’avec la signature des quatre chefs de file. Une réunion proposée par la France et officiellement convoquée par la commission de l’Union Africaine qui a invité les quatre chefs de file dont Didier Ratsiraka et Marc Ravolomanana. Si le retour du premier semble accepter par les membres de la HAT, celui du second pose plus de problèmes mais la question est posée pour le 17 décembre : Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana seront-ils présents à Antananarivo ?
Alors la partie de bluff va t-elle fonctionner ? Ou échec et mat ?
