L’ère « GICéene » a du mal à accoucher 1 mois après l’ajout de l’acte additionnel aux accords de Maputo. Le Premier Ministre de consensus n’arrive pas encore à faire passer la situation Malgache de la « cacophonie à la symphonie »(2). Le débat entre mouvances sur la répartition de quelques postes ministériels est toujours le facteur de blocage et le énième voyage à Maputo, sans la mouvance Rajoelina cette fois ci, est censé débloquer la situation.
Accord de Maputo que remet en cause les forces de changement : pour Gabriel Rabearimanana SG du parti Monima, « l’esprit des résolutions issues du mouvement de la place du 13 Mai du début d’année a été détourné de son objectif initial ».
Par ailleurs, le président de la Haute Autorité après s’être débarrasser de son Premier Ministre, Monja Roindefo, semble avoir perdu le contrôle du pouvoir. Il n’a pas eu les ministères de souveraineté du à son rang de Président de la transition. En conseil de ministre aucune décision ne peut être prise sans l’accord des deux co-présidents dont l’un est de la mouvance Ravalomanana.
Le mouvement du 13 mai symbolisé par le ticket Rajoelina/Roindefo avait au départ pour principal objectif d’écarter du pouvoir Marc Ravalomanana, accusé entre autres de violations graves et répétées de la constitution, de violation des droits et libertés fondamentales, de confusions entre ses affaires personnelles et les caisses de l’état. Ce même Marc Ravalomanana fait un come-back durant cette transition grâce à l’accord de Maputo, en ayant pu placer un de ses partisans au poste de co-Président de la transition et raflant au passage quelques ministères clés et sièges au sein des institutions malgaches y compris la présidence du Congrès.
Monja Roindefo, Premier ministre de la Haute Autorité de la Transition avait toujours déclaré que Maputo allait à l’encontre du mouvement du 13 Mai. Dans un interview à sobika.com, il avait déclaré à propos de Andry Rajoelina que « son compagnon de lutte n’a pas pu supporter les pressions et les surenchères politiques ».
Aujourd’hui, Andry Rajoelina doit faire face à la coalition des 3 autres mouvances pour régler la constitution des membres du gouvernement de transition. Que lui reste t-il comme marge de manœuvre après cette coalition improbable des ex-présidents ?
Et pourtant le pamphlet écrit par Zafy Albert, intitulé « Un roublard au pouvoir, de Charybde en Scylla : »3 dénonçant les dérives du régime Ravalomanana dénote du peu d’estime qu’avait Zafy envers ce dernier. Aujourd’hui, Albert Zafy nommé Président du comité pour la réconciliation nationale de la transition donne l’impression de se positionner plus contre Andry Rajoelina que contre son ancien roublard. Didier Ratsiraka, obligé de s’exiler suite à la prise de pouvoir de Marc Ravalomanana en 2002 est devenu très collaboratif face à son tombeur.
Ces mouvances veulent t-elles un changement réel à Madagascar, ou vont-t-elles plutôt continuer à tailler la constitution au profit de celui qui sera élu président ? Veulent t-elles vraiment que les prochaines élections soient libres et transparentes ? Ces anciens présidents et accessoirement chefs de file de mouvances par la grâce du GIC ont-ils vraiment la volonté de changer la société Malgache ?
Ou veulent t-ils seulement utiliser la transition pour reprendre le pouvoir qui leur ont été retiré ? (empêchement pour Zafy en 1996, mouvement de rue et opération militaire d’envergurenationale pour Ratsiraka en 2002, et mouvement de rue et démission pour Ravalomanana en 2009).
Il faudrait soit dit en passant que la nouvelle constitution aborde aussi la problématique de l’alternance politique à Madagascar et mettre les balises nécessaires pour éviter la toute puissance d’une seule personne au pouvoir et éviter ainsi les dérives d’un pouvoir trop personnel.
La HAT avait déjà initié le débat sur l’avènement de la IVe république lors des assises nationales et des conférences régionales. Beaucoup d’idées sont sortis de ces conférences, ébauchant le modèle de société que voudront les Malgaches.
Le GIC, lui a imaginé un pouvoir à 4 têtes, pour mener la transition à terme et organiser les futures élections présidentielles. L’accord telle qu’elle a été écrite est interprétable à souhait. La mouvance Ravalomanana n’a d’ailleurs pas manqué de s’introduire dans la brèche en mettant en cause dès le départ le statut du Président de la Transition. Il est peut être temps maintenant pour nos hommes politiques de considérer l’intérêt supérieur de la nation et ne plus s’arrêter à ces calculs pré-électorales en voulant utiliser les privilèges de l’état.
Et prenons cette déclaration du commissaire à la paix et la sécurité de l’Union Africaine, Ramtane Lamamra concernant cet accord additionnel d’Addis Abeba, comme une note d’optimisme :"même une monstruosité juridique peut représenter une solution, une sortie de crise".
