L’éclaircie des PPN
Or, après 9 mois de crise, l’inflation semble avoir été jugulée, les salaires sont payés, les PPN n’ont pas trop flambé et ont même vu leur coût diminuer au cours du mois de juin 2009, aucun phénomène de pénurie n’a été constaté, malgré toutes les craintes. Est-ce à dire que l’économie malgache est ou fut suffisamment forte pour supporter une conjoncture aussi grave ? Peut-être.
Actuellement, les caisses de l’Etat et les réserves extérieurs ont un bon niveau. Les dépenses courantes (budget de fonctionnement, etc...) pourront être couvertes et les réserves en devises se chiffraient encore à 835, 3 millions de
dollars au mois d’août. L’économie ne s’est pas effondrée, pour l’instant, grâce aux performances économiques des années précédentes, et avait vu, notamment en 2008, un taux de croissance de 7,1%.
Politique économique suivie
Ce fait a plusieurs explications : les exportations (notamment dans le domaine minier) avaient permis d’avoir une réserve de devises de 800 millions de dollars. Le secteur du tourisme s’est révélé particulièrement porteur, dans le domaine agricole, la modernisation du secteur a permis une amélioration des
performances. De plus, cette stabilité relative est la résultante d’un certain nombre d’autres facteurs.
Il y a eu, malgré la crise, une continuité et un suivi des dossiers : un tableau de bord de la consommation, des besoins et du stock, notamment en riz, dans plusieurs régions est en cours, l’approvisionnement en PPN a été priorisé. Les efforts significatifs qui avaient été faits pour structurer et professionnaliser le domaine de la production agricole, notamment du riz, ont porté leurs fruits et ont pu pallier les dérèglements qui auraient pu surgir après l’explosion brutale des monopoles, notamment dans le domaine laitier. Le choix et l’adoption du système de change flottant, correspondant à l’état réel des réserves en devises du pays a permis de limiter l’inflation sur le coût des produits importés.
Résultats à moduler
Mais ces résultats positifs doivent être modulés : les chiffres indiqués sont dus à l’exportation de produits et non à la production, ce qui rend les chiffres aléatoires et surtout dépendants de décisions économiques extérieures
à Madagascar. La production nationale est extrêmement faible et les investisseurs malgaches se plaignent du manque d’une politique nationale solide d’investissements.
Or de celle-ci dépendra la mise en place d’une création monétaire utile, mais dont l’utilisation nécessite beaucoup de précautions d’après le CREM (Cercle de Réflexion des Economistes. Dans ce cadre, des économistes et notamment
ceux qui se sont réunis au niveau du CREM, s’accordent à dire que des réformes de fond doivent être faites, incitations fiscales aux secteurs porteurs comme le tourisme et l’agriculture, facilité d’accès aux financements...
Du point de vue sectoriel, les locomotives, disent-ils, peuvent être donc les deux domaines cités plus haut : agriculture et tourisme.
Celui de l’agriculture, car il y a déjà à la base, un savoir-faire facilement transmissible, les investissements nécessaires ne sont pas trop lourds, et en période de crise alimentaire mondial, on peut relativement facilement créer un
cercle vertueux, à condition que celui-ci permette aux producteurs nationaux d’accroître leurs rendements.
L’évolution du tourisme
Le tourisme aussi peut redevenir un des fers de lance de l’économie, car il draine plusieurs secteurs : transports, hôteliers, agriculture...
Celui-ci, depuis quelques années avait vu une évolution significative. Avec un taux moyen de progression annuelle de 16%, il a apporté en 2006, 157,7 millions en DTS, soit 496,7 milliards d’ariary, ce qui en a fait un producteur majeur de l’économie nationale malgache.
Questions à régler
Reste que de grandes questions demeurent en suspens. Les caisses de l’Etat ne supporteront pas une longue période de transition et il semble difficile pour l’instant de se passer de l’appui des bailleurs de fonds (fonds évalués à près de 2 milliards de dollars). Cette question n’est pas à occulter : la suspension de l’AGOA excluera le pays d’un marché porteur important et alors les pertes induites seront énormes, car si on évalue à près de 50 000 les personnes directement touchées et qui seront réduites au chômage. Il y a urgence dans ce domaine : les contrats se négocient maintenant et il n’est pas sûr que les clients attendront la fin de l’année pour passer les commandes.
Michèle Rakotoson
