Pour le moment, le rêve d’un développement rizicole, sans les importations de riz ni la hantise perpétuelle des cyclones, semble être sans lendemain pour Madagascar. L’histoire rappelle que dès la Première République, le pays a déjà importé du riz pour le vendre à bas prix à la consommation. En revanche, durant cette période, l’Etat en a favorisé l’exportation. A l’époque, cette stratégie commerciale, avait rapporté des profits.
Les rentrées en devises venaient gonfler les caisses de l’Etat et Madagascar a réussi à se hisser au niveau des Etats exportateurs en riz. Le pays est parvenu à se démarquer.
Le courant a ensuite changé de direction mais pour suivre des voies moins idylliques. Des nationalisations hâtives, notamment en matière de collecte de riz, ont désorganisé la filière. Madagascar, après être passé par le statut privilégié de pays exportateur en riz, a tendance à en manquer. Cerise sur le gâteau, le riz, primordial dans la culture malgache, est devenu l’objet de toutes les convoitises.
La question de l’autosuffisance alimentaire et du riz est devenue le cheval de bataille des propagandes et des promesses électorales. Et pour couronner le tout, la population malgache a fini par accepter que le phénomène, dite de « la période de soudure », fasse partie du quotidien.
La voie pour pouvoir relancer de manière durable la filière rizicole n’ayant
pas encore été trouvée, ce qui n’a pas changé à Madagascar, ce sont les milliers de tonnes de riz importées chaque année.
Pour corser l’addition, l’économie malgache vire au rouge. La précarité commence à affecter les familles paysannes, les cyclones font des ravages que
le pays arrive durement à redresser.
Pour RANDRIANARIVELO Jules, Président de la confédération nationale « Koloharena », il y a plusieurs enjeux dans la filière riz et ce, sur plusieurs niveaux. « Depuis plusieurs années, les agriculteurs sont les parents pauvres de la riziculture. Je suis tenté alors de me poser des questions : pourquoi les importations de riz arrivent-elles toujours, à point nommé, au moment de la récolte, du mois d’avril au mois de juillet ? Pourtant, elles ne sont vendues qu’en période de soudure à partir du mois de janvier de l’année suivante. Et ce, depuis des dizaines d’années. Autre exemple, pour le cas de la RN44, pourquoi la route reliant Vodihala et Moramanga n’a-t-elle jamais pu être goudronnée depuis plus de vingt ans ? » se demande ce dirigeant de coopérative agricole, « Le résultat en est que dans un circuit, il peut y avoir jusqu’à trois intermédiaires, rien que pour vendre le riz, des champs jusqu’au camion de transport des collecteurs.
Et ajoutez à cela le nombre potentiel d’autres intermédiaires, allant des opérateurs jusqu’aux consommateurs. C’est cela qui grève le prix du riz ». D’après RANDRIANARIVELO Jules, ces phénomènes tendent à créer un climat de doute auprès des cultivateurs concernant leurs gains sur leur production. La logique est simple : quand les infrastructures routières sont insuffisantes, les intermédiaires ne peuvent qu’exploiter la situation étant donné que les paysans n’ont pas les moyens de faire eux-mêmes le transport vers les marchés. D’autres questions, encore sans réponse, trottent dans la tête de RANDRIANARIVELO Jules. Mais elles n’entament en rien sa « foi » sur la question de l’autosuffisance alimentaire pour Madagascar. Lui qui dirige de main de maître sa coopérative, arrive désormais à exporter du riz rose, une variété endémique, à 1,565 euro le kilo.
Terre de symbole, la région Alaotra-
Mangoro représente 8% de la surface rizicole
du pays, qui, en totalité, occupe 1
244 847 hectares de terre. Chaque saison,
pour alimenter la capitale, plus de 1 000
tonnes de riz convergent chaque jour via
la RN44, reliant Antananarivo et Ambatondrazaka.
Le marché est énorme. En
2008, la production rizicole nationale a
atteint plus de quatre millions de tonnes
selon les estimations du Ministère de
l’Agriculture de l’Elevage et de la Pêche.
Le double de ce qui se faisait durant les
années quatre vingt. En 2008, Koloharena
a pu exporter quinze tonnes de
riz DIST. Alors, pour le développement
du marché local, son président pense
qu’une réorganisation de la filière riz est
nécessaire pour pouvoir l’étendre. Et ce,
à tous les niveaux.
