Le voyage « privé » de Andry Rajoelina, Président de la HAT, en France et de quelques uns de ses proches en Suisse, Belgique et Etats-Unis lui a certainement permis de se rendre compte que le chemin vers la solution unilatérale est de plus en plus étroite. A cela il faut ajouter le changement à la présidence de l’Union Africaine avec le départ de Kadhafi considéré à tort ou à raison comme un soutien à Rajoelina. Il est remplacé par le Président du Malawi, Mr Bingu wa Mutharika. Le Malawi est membre du SADC qui a condamné à maintes reprises la prise de pouvoir d’Andry Rajoelina, et pour qui la seule solution de sortie de crise réside dans l’application des accords de Maputo.
Malgré ce contexte international qui ne lui est pas favorable, le retour vers Maputo n’est plus d’actualité pour Andry Rajoelina. Ainsi, il propose son propre schéma de sortie de crise par le maintien en fonction du gouvernement actuel et de ses membres. Et aussi par la mise en place d’un Conseil Supérieur de Contrôle de la Transition dont la présidence et les Vice-présidences seront attribués aux membres des trois mouvances qui y détiendront la majorité des sièges. Ce conseil aurait une attribution législative et un pouvoir de contrôle des activités du gouvernement. Ce dernier aurait pour mission de gérer le fonctionnement quotidien de la machine administrative jusqu’à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale issue des élections législatives (date fixée entre la 18 et la 24 Mai selon les membres des sociétés civiles et les partis politiques qui se sont réunis au Centre de conférences internationales à l’initiative du médiature de la République).
D’autres propositions avaient circulés, notamment celui d’associer les membres de l’opposition dans le gouvernement actuel, avec un fort pouvoir de l’exécutif pour préparer les élections, mais ce type de proposition a été très vite court-circuité par la HAT.
Ceci étant, la gestion de cette crise par le président de la HAT a été, et reste toujours tortueuse. Aussi tortueuse que le parcours des personnalités qui entourent Andry Rajoelina actuellement. A commencer par les membres de la HAT dont la large majorité est issu du KMMR de 2002 (comité de soutien à Marc Ravalomanana en 2002). A cela il faut ajouter l’entourage proche de Rajoelina qui sont eux aussi des proches de Ravalomanana à ses débuts : Norbert Ratsirahonana était son ambassadeur itinérant, Zaza Ramandimbison était son ancien ministre, André Haja Resampa est un ancien TIM Rouen (France). Ces trois hommes joueraient un rôle important dans le dispositif d’Andry Rajoelina. Faut-il dès lors s’étonner de la similitude de plus en plus flagrante entre la méthode Ravalomanana et la méthode Rajoelina ?
Actuellement, le pouvoir exécutif incarné par le gouvernement est dirigé en réalité à partir d’Ambohitsirohitra et non pas de Mahazoarivo. Le Premier Ministre Camille Vital n’a pas une réelle autorité, même au niveau de ses ministres hérités du gouvernement Roindefo II. Le nouveau Premier Ministre a été choisi par Andry Rajoelina uniquement pour faire adhérer l’armée à sa cause, à en croire l’interview qu’il a accordée à l’hebdomadaire l’Express (France) : « Pour bien gérer l’armée et rester à son écoute, il fallait un officier. C’est ce qui m’a conduit à désigner le colonel Albert Camille Vital. »*
La réunion du GIC avec les représentants des pays membres comme les Etats-Unis et la France, prévue le 18 Février 2010 à Addis-Abeba marquera certainement un tournant dans cette crise Malgache. A l’issue de cette réunion, le GIC imposera certainement sa solution de sortie de crise en tenant compte de la réponse des 4 mouvances suite aux « mesures de compromis » proposé par Jean Ping lors de sa venue au mois de Janvier dernier.
Proposition qui risque d’être rejeté par « le pouvoir de fait » à Madagascar, et Andry Rajoelina risquera alors de s’enfoncer de plus en plus dans l’isolement et une situation économique catastrophique.
